lundi 16 mars 2015

Philippe Geluck à Oxford University (6 mars 2015)

C’est dans une salle bien remplie et sous un tonnerre d’applaudissements que Philippe Geluck fait son entrée au Main Hall du Taylorian de l’université d’Oxford. S’il n’est venu qu’une fois à Oxford il y a près de 40 ans, nous dira-t-il plus tard, il affectionne cette ville, ce pays, la culture et la langue anglaises. Quelques mots d’introduction (en anglais justement) et cinq minutes auront suffi à Geluck pour faire rire et détendre son public. Nous sommes déjà tous sous le charme d’un humoriste sans manières ni prétentions.



© Photo Berny Sèbe
Il commence par nous parler de ses premières influences, de l’âge d’or de la bande-dessinée en Belgique. Très jeune, il est attiré vers un certain genre d’humour, satirique, voire noir. Il cite Hara Kiri, Monty Python et Ricky Gervais et on apprend au passage ce qui le fait rire : déranger l’autorité, le poil à gratter chez les gens trop sérieux, une mouche sur le nez du président normal …

Si Geluck sait faire rire, il sait aussi faire réfléchir. Quand on l’interroge sur l’humour, les définitions ne manquent pas. L’humour, c’est flirter avec le mauvais goût ; l’humour, c’est le déséquilibre inattendu ; l’humour est synonyme de vie, d’amour ; c’est une vertu positive et vitale ; l’humour est aussi un moyen de dialoguer. Mais l’humour, c’est avant tout la liberté.
Dans le contexte sensible de l’attentat Charlie Hebdo, qui dit liberté pense à la liberté d’expression, à laquelle on a porté atteinte le 7 janvier 2015. Alors l’humoriste revient sur la question posée par son essai de 2013, Peut-on rire de tout ? Un peu moins qu’avant, se désole Geluck. Puis, vite rattrapé par son positivisme évident, il se corrige : oui, on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. D’où l’importance, pour faciliter le dialogue par l’humour, d’insister sur les points communs, sur les valeurs universelles. Flirter avec le mauvais goût mais sans aller trop loin … parce que nous n’avons pas tous appris à rire de la même façon, parce que défendre la liberté d’expression, c’est bien mais faire rire avec de la responsabilité, c’est mieux. 

Geluck évoque un devoir de dialogue, d’ouverture, de tolérance et d’écoute. Pour lui, la liberté d’expression n’est jamais totale, elle est en constante évolution et n’est pas à l’abri de phases de resserrement.


© Photo Berny Sèbe
© Photo Berny Sèbe
Pour dissiper les tensions quand le sérieux commence à s’installer, Geluck parle de son « compagnon de création » et « compagnon de route » qui ne cesse de l’émerveiller, Le fameux Chat.


Il nous dit que Le Chat est en quelque sorte un Robin des bois du gag qui vise surtout les salopards et l’autorité. Il est là pour exorciser les démons, pour aborder les sujets graves et angoissants avec légèreté. Quelques images pour illustrer ce qu’il veut dire et c’est le fou rire général !
© Photo Berny Sèbe

Autre question, est-ce que l’humour est traduisible ? Pas facilement, dit Geluck, il faut savoir rendre le style et l’humour. Il se dit ravi du travail de son traducteur anglais, Alan Ward, qui a permis au Chat de toucher l’international.




L’artiste nous révèle que sa plus grande peur n’est pas de se lasser mais plutôt de manquer d’inspiration. Alors justement, comment lui vient cette inspiration qu’il accueille toujours comme un miracle ? Lectures, immersion dans divers sujets, voire rêves d’abeilles et de moustiques !


L’heure défile et la discussion se tourne vers la Belgique natale du dessinateur, ce « pays de boutiquiers », pour citer Baudelaire, que Geluck trouve étrange et attachant. Il la voit comme une planète d’influences, un berceau d’artistes et de créateurs qui plait pour son côté décalé et pour son absence totale d’arrogance mais qui pourtant a du mal à s’aimer.

Avant de nous quitter, Geluck nous parle de son nouveau travail avec Le Chat, des tableaux et des statues, de son agenda chargé, des ventes aux enchères et œuvres caritatives.

© Photo Berny Sèbe
Les applaudissements reprennent de plus belle et Philippe Geluck ravit ses fans en leur griffant des autographes dessinés. Quand on sait qu’il n’accepte qu’un événement du genre par an, le 6 mars 2015 aura été un jour de chance pour Oxford !

                                                      Événement organisé par Dr Michaël Abecassis,
Le Cinéma et la Culture Française à Oxford
Article rédigé par Amandine Lepers-Thornton (mars 2015)

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