mardi 8 décembre 2015

Masterclass animée par Michel Boujenah (23 novembre 2015, Christ Church)

C’est au College de Christ Church que Le Cinéma et la Culture Française à Oxford a donné rendez-vous à Michel Boujenah en ce vendredi de fin novembre. Changement de décor mais pas d’accueil ! Encore une salle comble et des applaudissements que l’on a du mal à calmer. Quelques réactions du public : « Boujenah, bête de scène ! » ; « Un artiste attendrissant » ; « On doit se retenir pour ne pas lui faire un BIG HUG !». Revenons sur ces quelques heures avec un grand artiste pour qui on retarderait volontiers l’heure du dîner ...

« Si tu veux, tu peux ». Quand Boujenah nous raconte ses débuts d’acteur-esclave dans cette carrière dangereuse où il est si difficile de gagner sa vie, on comprend qu’il n’a jamais manqué de volonté. L’acteur cite Jacques Brel : « Le talent, c’est l’envie ». L’envie est bien là et le jeune Boujenah se donne 3 ans pour voir si c’est possible de vivre de ce métier avant de se rabattre sur des études de médecine. Au bout de 2 ans, il décide de persévérer, quitte à faire croire à sa famille qu’il gagne déjà assez pour vivre. L’envie et la détermination sont toujours présentes alors il s’applique à la tâche malgré la simplicité des premiers rôles, qui consistent, entre autres, à tenir un fusil en bredouillant quelques mots.

Boujenah nous parle ensuite de ses débuts en tant que metteur en scène et évoque l’expérience révélatrice de 8 années à former des enfants de l’hôpital de jour au métier d’acteur. Un rôle d’éducateur qui va l’aider à mieux appréhender le métier car c’est en observant les enfants monter leurs spectacles que sa vocation d’acteur se confirme et qu’un regain de motivation grandit en lui.
Nous conseillant en passant d’écouter les rigolos et les rêveurs, il fait une petite parenthèse pour nous révéler trois rêves qu’il avait en début de carrière :
1 > Faire le métier
2 > Comprendre comment monter des spectacles
3 > Réussir un spectacle qui fonctionne avec le public

Boujenah ne s’attarde pas trop sur son rôle au cinéma et parle de Trois hommes et un couffin comme d’un concours de circonstances qu’il résume ainsi : un acteur qui manque, un autre qui demande trop d’argent, une réalisatrice qui veut lui donner le rôle sans l’avoir vu en spectacle.

L’acteur entre ensuite dans le vif du sujet de la Masterclass, à savoir le rire. Il compare les acteurs tragiques, à qui on réserve la gloire et le prestige, aux acteurs comiques, qui fascinent moins. Pour lui, « faire pleurer, c’est de la rigolade » mais « faire rire, c’est moins facile », d’une part parce que le rire est définitif et ne permet pas de tricher et d’autre part parce que faire rire implique un réel travail avec les émotions, sans trop se préoccuper du message à transmettre. Boujenah se souvient de certaines représentations, des moments passés à essayer d’ouvrir la porte vers le rire, les illustrant avec plusieurs anecdotes dont celle d’un spectacle à Calais. Il avoue, à l’instar d’un virtuose, ne cesser de chercher le geste juste ou la représentation absolue, tout en sachant que chaque représentation permet de s’améliorer sans jamais atteindre la perfection.

Y-a-t-il un rire français ?, lui demande le public. Pas tellement, mais il existe d’après lui une grande variété et richesse de l’humour en France. Autre constat fait par le comédien, ceux qui ont le plus d’humour sont les pauvres, en raison du peu de biens matériels qu’ils possèdent, et les malheureux, parce que le rire découle souvent de la douleur et qu’il peut être un moyen de faire entendre les pires choses.

Une nouvelle métaphore du rire (« l’enfance qui remonte au visage ») amène Boujenah à réfléchir au dernier film qu’il a mis en scène. On découvre vite l’affection qu’il a pour les très jeunes acteurs qu’il a dirigé dans Le cœur en braille, un film qu’il annonce atypique. Par ailleurs, il dit avoir mis longtemps à écrire les histoires.

L’heure tourne mais les questions continuent de fuser et Boujenah retarde le moment de quitter son public, qui le saluera avec une nouvelle ovation pleine d’enthousiasme et de chaleur.

Il nous reste à remercier Michel Boujenah d’être passé à Oxford et à lui souhaiter plein de bonnes choses pour la suite de sa carrière !

Événement organisé par Dr Michaël Abecassis,
Le Cinéma et la Culture Française à Oxford
Article rédigé par Amandine Lepers-Thornton (décembre 2015)

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